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Bloc note mai 2025
Ce n’est pas un caprice du temps, ni une soudaine paresse des hommes. Ce sont les chiffres, les comptes, les bilans qui ont eu raison du paysage. Dans l’Entre-deux-Mers, ce ne sont plus les saisons qui dictent le rythme, mais les cours du vin. Trop de bouteilles invendues, trop peu de marges, trop de travail pour si peu de retour. Alors les vignes tombent et disparaissent , une à une, comme des soldats démobilisés.
L’arrachage n’est pas un choix de cœur. C’est une nécessité économique, crue, brutale. On arrache parce qu’on ne peut plus tenir. Parce que vendre à perte devient la norme, parce que les aides n’arrivent pas, ou trop tard. Les domaines familiaux, parfois là depuis trois ou quatre générations, préfèrent disparaître plutôt que de s’endetter jusqu’à l’asphyxie. Et ainsi, les paysages changent.
Les parcelles jadis dessinées de façon harmonieuse, symétrique, redeviennent chaotiques, rendues aux bêtes ou laissés en friche. L’ordre des ceps, cette écriture humaine sur la terre, s’efface. Ce n’est pas un retour à la nature, c’est un abandon dicté par les lois du marché.
François Mauriac écrivait : «â€¯Le pays où l’on a souffert reste celui que l’on aime. » Mais que reste-t-il à aimer quand ce pays, peu à peu, cesse d’exister tel qu’on l’a connu ? Ce ne sont pas seulement des vignes qu’on arrache. Ce sont des métiers, des histoires, des paysages d’enfance. Et la tristesse vient de là : dans ce divorce entre la beauté d’un territoire et l’impossibilité d’y vivre, d'y travailler, d'y espérer, d'y transmettre un patrimoine.
Mais peut-être qu’une autre génération, moins écrasée par les dettes et plus libre d’inventer, saura réécrire ce paysage. Car la terre, elle, attend encore qu’on lui parle.
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